Performance – récolte, 16 avril 2022, Verfeil/Seye

Une performance-récolte littéralement sur une carte non exhaustive d’initiatives locales, articulée autour de trois expériences intitulées «Mes chers compatriotes», «De la pression» et «Nicher, s’envoler». Récits, analyses de pratiques, poèmes et mise en jeu du corps pour observer, mettre à distance, nourrir la dynamique des lieux.

En quelques mots :
Nous sommes là
à demander un état de droits
la présomption d’innocence
et le respect de notre structure profonde.

 

Mes chers compatriotes, mai 2021, La Cuisine, Nègrepelisse

Extraits

 

Yeux bandés, casques anti-bruits sur les oreilles, masques, gants dans une salle.
4 personnes assises. Tout de suite une femme crie. Après 10 minutes, échanges. Mai 2021

Le fait que ce soit doudou, au frais, sécure, c’était vraiment une expérience cool, enfin pour moi en tout cas. De calme, retrait des sens, une proposition d’être en moi dix minutes. Et même quand tu as crié – car je t’ai entendu -, j’avais pas envie de crier pour me faire entendre, pour te dire : « quoi ? ». Car de toute façon c’était trop compliqué. Alors hop je suis rentrée dans mon truc, au frais, sur ma chaise… T’aurais fait des bruits et tout ça, j’aurai pas été dans la même quiétude mais là comme c’était très tranquille… J’avais juste chaud aux mains, un peu. J’étais prête au bout de dix minutes à retirer tout. J’ai d’abord retiré le casque, pour entendre, et après les gants, parce que j’avais chaud, le plastique.

Moi je ne peux pas ce genre de choses. Je me suis dit : tiens je vais en profiter, je vais me poser juste dix minutes. Mais ça n’a pas du tout marché car immédiatement après je me suis dit : il y a quelqu’un qui me dit de faire ça, c’est quelqu’un que je connais, en qui j’ai une complète confiance, dans un endroit parfaitement sécurisée mais en fait non, c’est pas possible. Ça m’a fait pensé au bout de 10 secondes aux témoignages des juifs qui sont partis dans les camps. On leur a dit : prenez votre valise, on vous emmène. Ils sont partis, ils ont eu une forme de confiance et ensuite on les a zigouillés. Et en plus je suis claustrophobe. Donc je ne peux pas, ne pas voir, pas entendre, pas sentir, en dernier en fait toucher. C’est ce que j’ai enlevé en premier, mon bandeau, immédiatement, au bout de 10 secondes, pour au moins voir qu’il n’allait rien se passer. Ça m’a mise dans un état de panique, si j’avais pas enlevé le bandeau… C’est pour ça que j’ai crié, c’est pour ça que je vous ai parlé. Je me suis dit : est-ce que j’ai le droit de parler ?
Mais pourquoi est-ce que je me pose cette question, personne m’interdit de causer. Mais personne ne m’a répondu. C’est là que j’ai enlevé le bandeau. Rien que d’en parler, ça me stresse total. C’est pas possible d’être privé, même de s’y prêter, de dire oui, ok. Ben non en fait, je ne peux pas. Donc j’ai pris le papier, j’ai écrit : je ne peux pas, puis j’ai enlevé le bandeau. Après j’ai enlevé le casque, parce que je ne peux pas non plus ne pas entendre, j’entendais les battements de mon cœur et ça m’effrayait. J’ai plongé dans des terreurs de toute petite. Donc je suis pas bien là, je suis carrément pas bien là.

Moi, je ne suis pas du tout senti en insécurité. Rapidement je me suis dit : je vais en profiter pour que ce soit un moment calme, où je n’entends pas de bruit extérieur, où je ne suis pas distrait par la vue. Mais après ça a été impossible car il y a eu une sorte de résonance avec quelque chose de politique qui fait que non, ne pas voir, ne pas entendre… Et après ce qui était insupportable pour moi, c’était les gants, la texture, être couvert comme ça. Au final j’ai réussi à trouver une espèce de décontraction où j’aurai presque pu m’endormir. Le plus gênant c’était les gants, la matière extérieure imposée.

Moi c’est marrant, juste avant dans la voiture je parlais d’expérience de méditation, et du coup cela m’a plongée là-dedans. Je me suis dit c’est un cadeau, 10 min de kiff, de break et d’occase de rentrer dans un moment, je ne dirais pas de méditation, car franchement je n’étais pas en train de méditer, mais qui pourrait s’apparenter à ça comme proposition. C’est rigolo, car pour moi les gants c’était l’absurdité de la proposition. Le noir était trop bienvenu, le casque était bien venu, même si c’était un peu serré, mais je sentais ces gants-là et je me suis dit : ça c’est l’absurde. C’est chaud, du coup j’ai les mains qui chauffent. J’ai senti que je m’étais reliée à tout le monde dans ma pensée. Quand j’ai tout enlevé, j’ai pensé à Mes chers compatriotes. Moi, mes chers compatriotes, c’est ceux qui étaient en train de vivre l’expérience en même temps que moi. Je t’ai entendu crier, je me suis dit : ah elle crie, peut-être qu’elle a besoin qu’on lui réponde. En même temps j’avais pas envie donc je ne l’ai pas fait et puis j’ai senti que les autres ne le faisaient pas. Je me suis dit : comment elle vit le fait qu’on ne lui ait pas répondu, qu’est-ce qui se passe pour elle à ce moment-là. J’avais de la joie à vivre ça, c’était joyeux. »

Sonnets 3 fois a 10 ans !

Toute la programmation : www.sonnets3fois.fr
Sonnets 3 fois est né d’une rencontre en coin de table en janvier 2012.
Nous avions envie d’explorer le dehors et l’intime : places, rues, maisons, relations. Nous pensions la joie, la création, le mouvement, le partage, supports de transformation. Nous aimions fêter, inviter et vivre l’inattendu.Nous venions de la danse, de la poésie, de la performance.
En mars, nous avions une proposition d’actions sur la base d’une éthique commune : accueillir, soutenir, s’autoriser, inclure, rendre poreuses les frontières, toucher et se laisser toucher. 

Après 10 années, l’envie de préciser nos évidences, d’ouvrir les temps à venir. Entre Saint Antonin Noble Val et les villages environnants, des rendez-vous pour revisiter,  se ré-approprier les espaces publics, privés, les relations entre arts et artisanats, entre création, attention et transformation, les modes de transmission. Pour se déplacer.

Poésie, théâtre, danse, clown. Performances, lectures, bals, stages, actions discrètes ou de plein vent. Ce qui nous importe avant tout : la mise en mouvement, la sensibilité, l’engagement, le déploiement, l’apparition d’imprévisibles.

Coralie Neuville & Sarah Turquety

Mars 2020-juin 2020 / Pain soleil

Parce que les femmes Yézidi honorent Mithra, dieu-soleil, dieu-paon, que leurs galettes sont rondes, que depuis 7000 ans, elles se transmettent des rituels, des prières, une cosmogonie tant particulière ; j’ai apporté cette assiette lors du premier atelier. Elle appartenait à ma grand-mère, une paysanne de Bruz, petite ville proche de Rennes. Elle lui était précieuse. Elle me l’a léguée, à moi, une de ses nombreuses petites filles, ma seule trace de cette femme, dont la vie quotidienne devait être bien proche de celle de ces femmes. Le paon, sa rondeur, les couleurs vives… Le don et le message transmis : veiller le lumineux, préserver le fragile, jour après jour, au cœur du quotidien.
Nous nous sommes installées autour d’une nappe en kraft, d’une série d’assiettes dessinées, pour échanger sur nos essentiels, écrire, dessiner, se touche et être touchées, les unes par les autres.

Roza // depuis ma

« After a first experience at roza Centre, on the grounds and inside the Manor, the artists began with ideas as possibilities which evolved over a week of exploration. Within No Time to Lose (NTTL), the artists created unique experiences through collaboration and individual investigation. Another evolution of these works was led by artist Sarah Turquety.
Working from the impulse to create a multilingual soundscape, the artists, led by Sarah Turquety, speak in German, Polish, Ukrainian, Hebrew, English, Spanish and French. The artists use the sounds and echoes of the manor house to investigate the changes in their voices. »
Sue Schroeder

Un extrait vidéo

 

Roza // Site yizkor

12-17 juin 2022 / Roza center, Cracow, Pologne
Extraire de l’oubli les histoires disparues, ou choisir d’oublier.
Avec Katarzyna Pastuszak, Małgorzata Haduch, Natalia Chylińska, , , , avec des musiciens et musiciennes, pour la plasticienne Maya Ciarrocchi, New York.
Pour ma part, une performance mouvement/voix avec ce texte que j’ai écrit pour l’occasion.

Nous sommes des nuages 
des nuages de passage 
nous disparaissons 
nous construisons des maisons 
elles disparaissent 
il pleut 
nous avons des enfants 
nous voulons pour eux 
un sentiment de légitimité 
des amis d’enfance
un état de droit 
puis nous disparaissons 
nous voulons nous souvenir 
nous nous détournons  
nous oublions 
nous construisons des souvenirs 
nous cherchons des endroits
où trouver son chemin dans le noir 
nous cherchons notre chemin dans le noir 
nous construisons des maisons dans le noir 
nous cherchons un sentiment légitime  
nous ne regardons pas 
nous fermons les yeux
nous regardons 
nous oublions 
nous sommes des nuages  
il pleut  
il pleut dans nos maisons 
puis nous disparaissons 
disparait  
le sentiment de légitimité 
la noirceur 
le chemin 
l’état de droit 
la présomption d’innocence 
nous sommes des nuages 
et nous disparaissons
mais nous sommes là 
alors nous construisons des maisons 
un état de droit 
la présomption d’innocence 
des enfants 
nous sommes là. 

 

 

Roza // expérience fongus

No Time To Lose, juin 2022, Roza Center, Crakow, Pologne
propose à Juana Farfan, , et moi-même de choisir une des différentes pièces de l’immense cave du bâtiment pour nous laisser inspirer par les moisissures environnantes pour écrire puis danser. 20 minutes de danse toutes les 5 en simultanée. Porosité des sons, du rythme, complémentarité des mouvements.
Un très beau début de recherche.