Touchers sauvages

Sous le nom de « Touchers sauvages », j’ai exploré une série de questions portant sur la relation entre le sentir, l’intime et le politique, à ce jour sous la forme d’un tryptique. C’est un travail que j’ai entamé en 2022 et que j’ai souhaité mener sur mon territoire, à la frontière entre le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Au fil des années, j’ai beaucoup écrit, seule, en immersion auprès de divers publics, dans diverses structures, me mettant en jeu. J’ai également proposé des explorations collectives sous forme d’atelier, d’installations participatives, de performances à compléter, d’entretiens, ou d’ateliers d’écriture.

Le premier volet, intitulé Mes chers compatriotes, est né de l’observation des processus d’adaptation de nos rapports au toucher, suite à la pandémie du Covid. Je suis partie de cette observation issue de mes années de pratiques somatiques : l’inaccessibilité des appuis habituels crée un déséquilibre, déséquilibre offrant l’occasion de découvrir de nouveaux appuis ou entrainant une rigidification de la relation aux appuis existants. Depuis cette observation, j’ai proposé des séries d’expériences collectives in situ entre 2021 et 2022.

Lors du deuxième volet, 2023-2024, intitulé Pression, traction, compression, répression et voies d’eau, j’ai mené des recherches sur les relations entre les forces qui s’exercent sur les personnes et collectifs, et les formes de réaction possibles, par le biais d’ateliers de pratiques, d’entretiens, de performances, l’ensemble mené sur une carte très grand format des solidarités.

A travers le troisième volet, 2025-2026, C’est intime, l’amour, le capitalisme, je me penche sur les relations d’appartenance, d’intrusion, d’appropriation. L’occasion de constater combien nous sommes façonné.e.s, happé.e.s jusque dans nos rêves, nos espérances, nos formulations lexicales, par l’impérialisme. C’est aussi une proposition de réappropriation intime et collective par le sentir.

Ce travail a été traversé, transformé par des questionnements issus des réalités de terrain : la censure/l’autocensure, l’aveuglement à ce que vit l’autre. J’ai gardé trace de ce qui s’en dégageait dans l’optique de nourrir progressivement la composition d’un ouvrage hybride, une forme d’essai, de manuel pratique, gardant trace d’une période historique tout en restant inscrit dans une logique de processus.